Médicaments rhumatologiques autorisés pendant la grossesse

 

 

Revue du Rhumatisme 72 (2005) 755 - 760

 

Frédéric Lioté

 

Fédération de rhumatologie et Inserm U606 (centre Viggo-Petersen), UFR médecine Paris-VII, hôpital Lariboisière,

2, rue Ambroise-Paré,75010 Paris, France

 

Reçu le 31 mai 2005 ; accepté le 2 juin 2005

Disponible sur internet le 28 juin 2005

 

Pregnancy drug use in rheumatic diseases

 

Mots clés : Grossesse ; Médicaments ; Malformations foetales ; Affections rhumatologiques ; Polyarthrite rhumatoïde ; Lupus systémique

 

Keywords: Pregnancy; Drugs; Fetopathy; Rheumatic diseases; Rheumatoid arthritis; Systemic lupus erythematosus

 

Introduction :

 

Les diverses pathologies abordées dans cette monographie recouvrent la pathologie mécanique où les antalgiques et les gestes locaux vont être les principaux moyens thérapeutiques, mais aussi des maladies inflammatoires comme la polyarthrite rhumatoïde (PR) et les autres maladies systémiques. Le lupus ne sera pas abordé de façon détaillée car il vient de faire l’objet de deux numéros complets en 2005 [1,2]. D’une façon générale, au cours des maladies systémiques, il est indispensable de contrôler la maladie avant la conception et durant la grossesse pour s’assurer de la qualité de santé de la mère et du foetus. La prudence va présider à la prescription des médicaments. L’adaptation du traitement va prendre en compte la mère et l’enfant à naître selon le degré de maturation embryonnaire puis foetale. « Primum non nocere ». Il faut remarquer qu’il n’y a pas de consensus sur la prescription des médicaments même les plus courants comme les antalgiques et les AINS. Une synthèse des informations disponibles est proposée dans le Tableau 1. On peut faire appel, pour valider certains points de vue, aux recommandations de l’agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) (http://agmed.sante.gouv.fr), notamment du groupe grossesse et médicaments, et de l’American College of Rheumatology (ACR) (http://www.rheumatology.org) auxquelles s’ajoutent les avis d’experts et de pharmacologues. Doivent être pris en compte le risque évolutif propre de la maladie, celui de l’arrêt des traitements, souvent supérieur à ceux du traitement lui-même, et les risques iatrogènes, en particulier sur le développement du foetus. Ceux-ci doivent être confrontés en fréquence au risque naturel encouru dans toute grossesse. Le risque de base de malformations à la naissance est en effet de 2 à 4 %, dont 25 % sont des aberrations chromosomiques, 65 % d’origine multifactorielle et 10 % d’origine environnementale incluant les médicaments. L’imputabilité d’un effet secondaire médicamenteux en termes de risque foetal est donc d’analyse sémiologique difficile. Le centre de renseignements sur les agents tératogènes (CRAT) de l’hôpital Armand-Trousseau à Paris, qui dispose d’une banque de données internationale (http://lecrat.monsite.wanadoo.fr), est disponible par courrier ou par téléphone pour renseigner et conseiller les médecins et leurs patientes.

 

Références :

 

[1] André G. Traitements hormonaux et protection ovarienne au cours du lupus systémique. Rev Rhum 2005;72 (sous presse).

 

[2] De Bandt M. Lupus et grossesse. Rev Rhum 2005;72 (sous presse).

 

 

 

 

  • Médicaments à l'usage du rhumatologue et prescritpion durant la grossesse 
  •  

  • Antalgiques 
  •  

  • Anti-inflamatoires non stréroïdiens (AINS) et stéroïdiens 
  •  

  • Décontracturants et benzodiazépines 
  •  

  • Colchicine 
  •  

  • Traitements de fond et structuraux 
  •  

  • Traitement de l'ostéoporose 
  •  

    Conclusion :

     

    La stratégie thérapeutique dépend du contexte de survenue et du type de la maladie rhumatologique. Lorsqu’il s’agit d’une pathologie acquise durant la grossesse (canal carpien, lombalgies, lombosciatique), il convient de privilégier les traitements locaux (infiltrations, orthèses), les mesures physiques et de se limiter aux analgésiques conventionnels en particulier au cours du premier trimestre. Les AINS ne sont pas contre-indiqués au 2e trimestre mais doivent être limités à de courtes périodes et bien sûr interrompus définitivement au début du 6e mois. Lorsqu’il s’agit d’une maladie inflammatoire connue, deux situations se présentent : instauration d’un (nouveau) traitement de fond qui doit tenir compte du désir d’enfant du couple, à évaluer a priori, ou maladie déjà traitée et équilibrée. Selon le risque tératogène de chaque molécule, il faut veiller à la qualité de la contraception et à son observance pour éviter les grossesses non désirées et les mesures de suivi thérapeutiques souvent mal vécues. Le problème réside dans les indications et modalités du suivi échographique à la recherche de malformation, sans qu’il y ait nécessité de recourir systématiquement à une interruption volontaire ou thérapeutique de grossesse. Un avis spécialisé est nécessaire (CRAT). Lorsque la patiente, habituellement traitée pour une PR ou une maladie systémique, exprime le désir de grossesse du couple, la démarche va être d’accompagner la demande et d’adapter le traitement : choix adapté d’un traitement de fond, interruption et relais de certaines molécules (MTX) interdites durant la grossesse, relais par les médicaments autorisés ou acceptables avec un niveau de sécurité suffisant (HCQ, SAZP, voire AZA), ajout d’une cortisonothérapie à faible dose en remplacement des AINS. Ces modifications doivent être faites en expliquant le délai d’arrêt nécessaire avant d’autoriser la grossesse et l’impératif de ne pas interrompre la contraception. Par exemple, rappelons qu’un arrêt du MTX d’au moins trois mois est nécessaire avant le début d’une éventuelle grossesse. Les risques à long terme des traitements immunosuppresseurs ou cortisonique concernant la survenue de maladies auto-immunes, voire de maladies néoplasiques chez les enfants nés de mères ainsi traitées sont encore inconnus [8]

     

    Remerciements :

     

    À Mme le Dr Elefant, responsable du CRAT, hôpital Trousseau, AP-HP, Paris, pour ses informations et commentaires.